À retenir
- La cystite donne des brûlures internes avec des envies d’uriner fréquentes et pressantes, sans pertes ni démangeaisons vaginales.
- La mycose vaginale provoque surtout des démangeaisons, une brûlure externe au contact de l’urine et des pertes blanches épaisses.
- Une bandelette urinaire sans leucocytes ni nitrites rend une cystite très peu probable et oriente vers une autre cause, comme une mycose.
- Une mycose peut apparaître quelques jours après un antibiotique pris pour une cystite, car il déséquilibre la flore vaginale.
- Un antibiotique ne soigne pas une mycose et peut l’aggraver, tandis qu’un antifongique ne soigne pas une cystite.
Les deux problèmes sont fréquents chez la femme, et ils se suivent souvent : une mycose apparaît volontiers après les antibiotiques donnés pour une cystite. Les confondre a des conséquences concrètes. Un antibiotique pris pour une mycose est inutile et l’aggrave, et une crème antifongique appliquée sur une cystite laisse l’infection évoluer, avec un risque qu’elle atteigne le rein.
Deux problèmes différents
La cystite est une infection de la vessie, due le plus souvent à Escherichia coli, une bactérie du tube digestif qui remonte par l’urètre, le petit canal qui évacue l’urine. L’inflammation touche l’intérieur de la vessie : c’est pourquoi elle donne surtout des envies d’uriner et des brûlures internes.
La mycose vaginale, ou candidose vulvovaginale, est due à une levure, le plus souvent Candida albicans. Cette levure vit naturellement dans le vagin de nombreuses femmes sans causer de trouble. Elle se multiplie quand l’équilibre de la flore vaginale change : après un antibiotique, pendant la grossesse, en cas de diabète déséquilibré ou de baisse des défenses immunitaires. L’inflammation touche la vulve et le vagin, pas la vessie.
Ni l’une ni l’autre n’est une infection sexuellement transmissible, même si les rapports sexuels peuvent favoriser une cystite et irriter une muqueuse déjà enflammée.
Les signes qui font la différence
La question la plus utile est : où brûle-t-il, et quand ? Dans une cystite, la brûlure est ressentie à l’intérieur, pendant toute la miction et parfois après. Dans une mycose, elle est plutôt externe : l’urine qui coule sur une vulve irritée pique au passage.
| Signe | Plutôt cystite | Plutôt mycose |
|---|---|---|
| Brûlure en urinant | Interne, pendant toute la miction | Externe, au contact de l’urine sur la vulve |
| Envies d’uriner | Très fréquentes, pressantes, pour peu d’urine | Habituellement inchangées |
| Démangeaisons | Absentes | Souvent intenses, au premier plan |
| Pertes vaginales | Pas de changement | Blanches, épaisses, grumeleuses, sans odeur forte |
| Aspect de la vulve | Normal | Rouge, gonflée, parfois petites fissures |
| Douleur | Pesanteur ou douleur en bas du ventre | Douleur à l’entrée du vagin, gêne pendant les rapports |
| Urines | Troubles, malodorantes, parfois teintées de sang | Normales |
Aucun signe pris isolément ne suffit. C’est l’ensemble du tableau qui oriente. Des pertes grisâtres avec une odeur de poisson évoquent plutôt une vaginose bactérienne, et des pertes inhabituelles avec des saignements ou une douleur pelvienne doivent faire penser à une infection sexuellement transmissible. Ces autres causes sont détaillées dans notre article sur les brûlures en urinant.
Ce que montre la bandelette urinaire
La bandelette urinaire, disponible en pharmacie, recherche deux signes dans l’urine : les leucocytes (globules blancs) et les nitrites (produits par certaines bactéries). Elle est utile pour trancher.
- Leucocytes et nitrites négatifs : chez une femme, une cystite est alors très peu probable. Une cause vaginale, comme une mycose, devient plus vraisemblable.
- Nitrites positifs : en faveur d’une infection urinaire.
- Leucocytes seuls positifs : résultat à interpréter avec prudence. Des pertes vaginales mêlées à l’urine peuvent suffire à les faire apparaître. Pour limiter ce risque, faites une toilette externe avant le test et recueillez l’urine en milieu de jet.
Le déroulé du test et ses limites sont expliqués dans notre guide de la bandelette urinaire.
Une mycose après le traitement d’une cystite
C’est une situation classique. L’antibiotique élimine la bactérie responsable de la cystite, mais il touche aussi les bactéries protectrices du vagin, les lactobacilles. La levure prend alors le dessus, et une mycose apparaît dans les jours qui suivent.
Le scénario typique est le suivant : les envies pressantes et la brûlure interne disparaissent en 2 ou 3 jours, puis des démangeaisons et des pertes épaisses s’installent. Ce n’est pas un échec du traitement de la cystite. Ce n’est pas non plus une raison de reprendre un antibiotique, qui entretiendrait la mycose.
Si au contraire les envies pressantes persistent ou s’aggravent après 3 jours de traitement, ou reviennent dans les 2 semaines, il faut reconsulter : un ECBU (examen cytobactériologique des urines) est alors indiqué.
Et si c’étaient les deux ?
Une cystite et une mycose peuvent coexister, par exemple quand une cystite survient pendant une mycose, ou quand la mycose commence avant la fin des symptômes urinaires. Le tableau mélange alors des envies pressantes et des démangeaisons. Dans ce cas, ne choisissez pas un seul traitement au hasard : demandez conseil à votre pharmacien ou à votre médecin, qui pourra traiter chaque problème avec le produit adapté.
Les traitements ne sont pas interchangeables
Pour une cystite simple, le traitement recommandé est un antibiotique : la fosfomycine-trométamol, 3 g en dose unique, en première intention, ou le pivmécillinam pendant 3 jours en deuxième intention. Ces repères sont à valider avec un professionnel. Depuis 2024, un pharmacien formé peut, selon un protocole encadré, réaliser un test urinaire et délivrer cet antibiotique sans ordonnance à certaines femmes de 16 à 65 ans : voyez notre article sur la cystite en pharmacie.
Pour une mycose vaginale, le traitement est un antifongique, le plus souvent local : un ovule à placer dans le vagin et une crème pour la vulve, à base de molécules de la famille des azolés (éconazole, miconazole par exemple). Certains sont disponibles en pharmacie sans ordonnance. Un antifongique par voie orale peut aussi être prescrit par un médecin, mais pas pendant la grossesse.
À éviter dans les deux cas :
- prendre un reste d’antibiotique ou un antibiotique « au cas où » ;
- les douches vaginales et les toilettes intimes répétées, qui déséquilibrent la flore ;
- les savons parfumés, lingettes et produits irritants sur une muqueuse enflammée.
Un premier épisode de mycose, ou un doute sur le diagnostic, mérite l’avis d’un médecin ou d’une sage-femme avant de se traiter seule. Il en va de même si les mycoses reviennent souvent, au moins 4 épisodes par an, ou si les symptômes persistent malgré le traitement.
Situations particulières
- Grossesse : les mycoses y sont plus fréquentes et toute infection urinaire y est traitée, y compris une bactérie présente sans symptôme. Des symptômes urinaires pendant la grossesse justifient un avis médical le jour même, même sans fièvre. Ne prenez aucun traitement, même en vente libre, sans avis.
- Diabète : il favorise à la fois les cystites et les mycoses, surtout s’il est déséquilibré ou traité par une gliflozine.
- Homme : une mycose peut toucher le gland (balanite), avec rougeur et démangeaisons. Des symptômes urinaires chez un homme justifient un avis médical le jour même, car il s’agit d’une infection urinaire masculine à évaluer.
- Enfant : des brûlures en urinant chez un enfant justifient un avis médical le jour même. Une irritation de la vulve est fréquente chez la petite fille, mais seul un professionnel peut faire la part des choses.
- Après la ménopause : la sécheresse vaginale peut aussi donner des brûlures et des démangeaisons, sans mycose ni cystite.
Quand demander un avis médical ?
Une cystite, quelle qu’elle soit, ne donne pas de fièvre, et une mycose non plus. La fièvre oriente vers une infection qui a atteint le rein ou une autre cause à faire évaluer.
- Appelez le 15 ou le 112 en cas de malaise intense, de confusion, de somnolence inhabituelle, de respiration rapide, de marbrures de la peau ou d’absence d’urines, ou en cas de réaction allergique grave à un médicament (gonflement du visage, gêne respiratoire).
- Rendez-vous aux urgences ou appelez le 15 sans attendre si vous ne parvenez pas à uriner malgré une forte envie.
- Demandez un avis médical le jour même en cas de fièvre de 38 °C ou plus, de frissons, de douleur dans le dos ou sur le côté, de vomissements, de sang abondant ou de caillots dans les urines.
- Demandez un avis médical le jour même pour des symptômes urinaires pendant la grossesse, chez un homme ou chez un enfant, même sans fièvre.
- Reconsultez si les symptômes urinaires persistent ou s’aggravent après 3 jours de traitement, ou reviennent dans les 2 semaines.
- Consultez un médecin ou une sage-femme pour un premier épisode de mycose, des pertes colorées ou malodorantes, des saignements en dehors des règles, une douleur pelvienne, des mycoses à répétition, ou si un dépistage des infections sexuellement transmissibles est utile.
Pour les autres situations et les interlocuteurs possibles, consultez notre page sur les signes qui doivent faire consulter.
Questions fréquentes
Peut-on avoir une cystite et une mycose en même temps ?
Oui, c’est possible, et la mycose survient souvent juste après le traitement de la cystite, car l’antibiotique déséquilibre la flore vaginale. Si les envies pressantes ont disparu mais que des démangeaisons et des pertes apparaissent, une mycose est probable. Si vous avez à la fois des envies fréquentes, des brûlures internes et des démangeaisons, demandez conseil à votre pharmacien ou à votre médecin pour traiter chaque problème.
Une mycose peut-elle donner une bandelette urinaire positive ?
Les nitrites restent en principe négatifs en cas de mycose. Les leucocytes peuvent en revanche apparaître si des pertes vaginales se mêlent à l’urine pendant le test. Une bandelette positive aux seuls leucocytes, avec démangeaisons et pertes, doit donc être interprétée avec prudence par un professionnel, sans conclure d’emblée à une cystite.
La mycose vaginale est-elle une infection sexuellement transmissible ?
Non. La mycose est due le plus souvent à une levure, Candida albicans, présente naturellement chez de nombreuses personnes. Elle se développe quand l’équilibre de la flore vaginale change. Le ou la partenaire n’a pas à être traité de façon systématique, sauf s’il a lui-même des symptômes, comme des rougeurs ou des démangeaisons.
Faut-il prendre un traitement contre la mycose après chaque antibiotique ?
Non. Un traitement antifongique préventif systématique n’est pas recommandé. Traitez une mycose seulement si des symptômes apparaissent. Si vous faites une mycose après presque chaque antibiotique, signalez-le à votre médecin, qui pourra en tenir compte lors des prescriptions suivantes et vous conseiller un traitement adapté.
Les probiotiques évitent-ils la mycose après une cystite ?
Les probiotiques vaginaux ou oraux sont souvent proposés pour rééquilibrer la flore, mais les preuves de leur efficacité pour prévenir la mycose restent limitées. Ils ne remplacent ni un antifongique en cas de mycose installée, ni un antibiotique en cas de cystite. Demandez conseil à votre pharmacien avant de les utiliser, surtout pendant la grossesse.



